Mathias Dzon, l’agité de la campagne présidentielle

Publié le mars 06, 2021, 12:32
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Mathias Dzon est l’opposant le plus remuant lors de la campagne présidentielle congolaise. Cet ancien banquier et ministre des Finances se distingue par son discours mordant envers le candidat principal, Denis Sassou N’Guesso. Mais avec quel programme ?

On peut facilement imputer à Mathias Dzon son dynamisme et son enthousiasme. A 74 ans, le candidat de l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD) n’est certainement pas à l’image de son parti. Depuis sa création, l’ARD s’est contentée de contester les décisions de l’Etat, sans jamais vraiment apporter d’alternative crédible.

Cependant, Dzon représente l’exception à la règle d’un homme de gauche, sauf sur un point : sa perspective politique agressive et ambitieuse. Le candidat est aussi prompt à utiliser la première personne lors de ses déclarations : « Je prends la décision personnelle de me présenter. Mais cette fois-ci, c’est moi qui ai décidé et j’irai jusqu’au bout », a-t-il déclaré lors de l’annonce de sa candidature.

Ambitions électorales

Le programme de Dzon est ambitieux. Mais à quel prix ? Le candidat ne lésine pas sur les moyens. Au menu, en cas d’élection, il prévoit de nombreuses dépenses issues des recettes publiques.

L’une des ambitions de Mathias Dzon est de « consacrer au minimum 400 milliards de FCFA par an pour la modernisation de la santé et de l’éducation ». Mais même avec le rééchelonnement de la dette congolaise, négocié par l’actuel gouvernement, les recettes de l’Etat marqueront une augmentation de la moitié de cette somme.

Dans les détails, on voit aussi l’incohérence entre les dépenses et les crédits. Du côté de la santé, les hôpitaux généraux promis par Dzon auraient le double des spécialités médicales, chirurgicales et opérationnelles actuelles. Il n’y a pas assez de spécialistes au Congo pour couvrir cette proposition, et il faudra au minimum 3 000 milliards de FCFA pour les équipements de 5 de ces 15 hôpitaux promis.

Au niveau de l’éducation, Dzon promet la construction de quatre nouvelles universités, dont trois à Pointe-Noire et une à Brazzaville. On est bien loin de la décentralisation que le candidat de l’ARD promet à chaque discours.

Une question se pose donc : comment Mathias Dzon va-t-il financer ses projets ? Certes, la surenchère est commune dans le discours politique de Dzon, mais à ce niveau-là on atteint des sommets. Etonnant pour un ancien ministre des Finances, censé connaître la gestion de l’argent public.

De banquier à « orateur »

En effet, Dzon est diplômé en sciences économiques, il a fait ses études en France dans les années 1970. S’en suivirent un débarquement de la banque continentale BEAC, où il était Directeur Général. Cette dimension ne lui a pas épargné un relatif échec lors de son quinquennat ministériel à la tête du ministère des Finances.

En tant que ministre, Dzon n’est jamais apparu comme un financier de talent aux yeux du Fonds Monétaire International. Ce n’est qu’après son départ que l’institution internationale a débuté sa politique d’aides et de réformes au Congo.

Sur France Inter, Dzon a montré toute sa gouaille, s’en prenant aux autorités et en particulier à l’armée. Avec des sorties parfois incompréhensibles, notamment lorsqu’il indiquait : « Quand vous êtes dans la paix, vous ne pouvez pas dire que vous êtes en paix ».

C’était aussi probablement un lapsus révélateur, Dzon donne l’image d’un homme agité et tourmenté depuis sa retraite en 2008. Si bien que des rumeurs d’un début d’Alzheimer fleurissent dans l’entourage du candidat.

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