« Il faut se soumettre à la règle de la majorité et préserver la paix »

Publié le mars 28, 2021, 9:52
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Dans une interview aux Dépêches de Brazzaville, le président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), Valère Gabriel Eteka-Yemet, lance un appel à la paix.

En attendant que la Cour constitutionnelle ne proclame les résultats définitifs de la présidentielle du 21 mars, le président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), Valère Gabriel Eteka-Yemet, appelle les acteurs politiques et le peuple congolais à se soumettre à la règle de la majorité et à préserver la paix.

LDB : Monsieur le président, en tant qu’organe indépendant chargé du suivi de la promotion et de la protection des droits de l’Homme, quel rôle a pu jouer la CNDH pendant l’élection présidentielle du 21 mars dernier ?

Valère Gabriel Eteka-Yemet : En principe, la CNDH aurait pu assurer l’observation électorale aux côtés des autres observateurs tant nationaux qu’internationaux, mais n’en a pas eu la possibilité. Elle s’est saisie de ses prérogatives pour sensibiliser les populations à leur droit de vote qui est en même temps un devoir citoyen majeur. En effet, exerçant son droit de vote, chaque citoyen ou citoyenne, à chaque élection, pose sa pierre et participe ainsi à la construction de l’œuvre commune, à savoir : l’édification et le développement de son pays. C’est le principe d’autodétermination en vertu duquel les populations, par cet acte majeur qu’est l’exercice du droit de vote, déterminent librement leur statut politique et participent activement au développement économique, social et culturel de leur société.

Par quels moyens la CNDH a pu jouer ce rôle ?

Par une stratégie triptyque simple, la CNDH a pu, un tant soit peu, sensibiliser les populations sur l’exercice de leur droit de vote. Cela s’est fait par : communication média, communication réseau et communication hors média. Il était question de mobiliser les populations à se rendre aux urnes pour éviter la périlleuse abstention. En effet, dans les démocraties naissantes et même dans les anciennes démocraties, l’abstention est l’adversaire politique la plus redoutable, en matière d’élection. Dans nos pays, l’abstention entraine les élans de déstabilisation les plus virulentes et recèle les indicateurs susceptibles de non reconnaissance ou de dévalorisation de la victoire du candidat élu, par les acteurs du néocolonialisme et les ténors de l’opposition véreuse.

Avant l’élection présidentielle, par une déclaration, la Conférence épiscopale du Congo a pris position pour demander le report des élections, estimant que les conditions préélectorales n’étaient pas remplies. Qu’en pensez-vous ?

En tant que citoyens et autorités morales, les évêques du Congo sont libres de leurs opinions. Mais, je pense que quels que soient les conjonctures et les contextes, nous ne devons, en aucun cas, mettre entre parenthèses la démocratie chèrement acquise par les différentes luttes de notre peuple et de nos dirigeants politiques. Le report de l’élection présidentielle aurait violé de manière flagrante non seulement la Constitution de la République, mais aussi le principe démocratique fondamental et intangible de la périodicité électorale. C’est pourquoi, d’ailleurs, très tôt nous nous sommes opposés à la proposition d’une période de transition politique faite par l’opposition congolaise. Cette période de transition politique de trop, après les précédentes, aurait créé un remue-ménage au sein des institutions de la République et de la classe politique, mettant ainsi notre démocratie en péril. Cela aurait envisagé un avenir incertain pour notre pays qui s’est engagé de manière irréversible dans la voie de la démocratie qui n’est, d’ailleurs, qu’un processus. Nous devons maintenir le cap contre vents et marées, dans ce processus salutaire.

A l’issue du scrutin du 21 mars dernier, le candidat Denis Sassou N’Guesso a vu sa confiance renouvelée par le peuple congolais. Que pensez-vous de cette victoire ?

Je dis, sans flatterie, sans tricherie, sans gêne et sans hésitation, que c’est une victoire incontestable et je m’en réjouis profondément parce que nous venons de vivre une expérience de démocratie vraiment exemplaire. Cette élection présidentielle s’est déroulée de manière « libre, transparente et apaisée » conformément aux thèmes et conclusions de la concertation politique de Madingou. Le peuple congolais a fait montre d’une maturité politique avérée. Pour preuve, par un communiqué de presse élogieux, le Bureau du porte-parole du Département d’Etat des Etats-Unis d’Amérique, le 22 mars 2021, déclare : « Les Etats-Unis réaffirment leur engagement au côté du peuple de la République du Congo à la suite de l’élection présidentielle qui s’est déroulée de manière pacifique le 21 mars… Les Etats-Unis se réjouissent à la perspective d’approfondir leurs relations avec la République du Congo en luttant contre les effets de la COVID-19, en soutenant la reprise économique et en renforçant notre partenariat en vue de la protection du bassin du fleuve Congo ». Cela se passe de tout commentaire.

Ne pensez-vous pas que le décès du candidat Parfait Guy Brice KOLELAS vient entacher ce processus électoral ?

Je voudrais d’abord, avant de répondre à votre pertinente question, exprimer ma profonde peine, en compassion avec tous mes compatriotes qui pleurent ce digne fils de notre pays, grande figure de l’opposition congolaise, candidat à cette élection présidentielle. Je saisis cette occasion pour présenter mes sincères condoléances à la famille biologique amie et à la famille politique de l’illustre disparu. Pour revenir à votre question, je dirais qu’à la lecture de l’article 70 de la Constitution du 25 octobre 2015, ce décès n’entraine aucune difficulté juridique. En effet, cet article de la Constitution de la République présente deux cas de figure pour le report de l’élection présidentielle : le décès ou l’empêchement définitif d’un candidat avant le premier tour ou le deuxième tour, le cas échéant, pour les candidats restés en lice. En l’occurrence, il n’y a pas eu décès d’un candidat avant le premier tour ; le décès de l’illustre candidat survient après le premier tour tandis qu’il n’y aura pas de deuxième tour. On peut donc écarter le premier cas de figure. Quant au deuxième cas de figure, l’illustre disparu, étant atteint selon le diagnostic médical de la COVID-19, maladie maintenant curable, n’ayant pas encore quitté la terre des hommes et le territoire congolais, jouissant encore de ses facultés morales et mentales, a, avec l’honneur qu’on lui reconnaît, appelé ses partisans à se rendre massivement aux urnes pour exercer leur droit de vote, en vue du triomphe de ses idéaux. De ce fait, on ne peut donc pas évoquer le cas d’empêchement définitif. Donc, il n’y a pas lieu de reporter cette élection présidentielle qui s’est déroulée normalement à tous points de vue, en dépit de quelques ratés qui ne manquent jamais dans ce genre d’entreprises humaines.

Votre mot de la fin ?

Disons qu’au moment où le peuple congolais a renouvelé, à la majorité de 88,57% de voix et avec un taux de participation convenable de 67,55%, sa confiance au président de la République, Denis Sassou N’Guesso, les acteurs politiques congolais et leurs partisans doivent se soumettre à la règle de la majorité, principe fondamental de la démocratie. La classe politique et le peuple congolais, qui ont fait preuve d’une maturité politique avérée pendant tout le processus électoral, ne doivent, en aucun cas, céder à la tentation de déstabilisation du pays, afin de préserver la paix qui nous est si chère et hautement salutaire.

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